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Lettre à Charlotte n°2

Lettre à charlotte numéro 2

Ma chère Charlotte,

C’est avec regret que j’avoue me sentir impuissante face à cette épreuve que tu traverses. Te voir triste et en colère me bouleverse ; notamment parce que je ne peux ni intervenir ni venir à ton secours…

Ce bracelet décrit comme « un papier autour du poignet », « moche », « sans signification » est tout le contraire pour toi. Alors, ça te blesse et te rendre triste d’être incomprise et jugée.

C’est lors de ce premier weekend du mois de décembre 2018 que tu l’as obtenu. C’était la course de l’escalade de cette année et ta troisième participation. Une course familiale de 6 à 99 ans. Les enfants courent par tranche d’âge, garçons et filles sont séparés.

C’est un challenge que tu as réussi et dont tu es fière. Deux kilomètres de course entourée d’une centaine d’autres jeunes filles de ton âge. Cette année, la course fut plus compliquée car vous avez couru sous la pluie ! 

Pour toi, cette course est représentée par un voyage de Paris vers Genève (où a lieu la course) et une participation familiale (que tu chéris particulièrement). L’année dernière, seuls tes parents et toi aviez participé à la course car ton petit frère ne se sentait pas encore prêt. Ton père s’entraine chaque semaine régulièrement et vous a donné le gout du challenge et de l’effort. Il participe à de nombreux marathons tout au long de l’année. Ses médailles sont toutes fièrement accrochées dans votre chambre. 

Je sais que tu es très fière de lui car tu te souviens souvent de petits détails certainement anodins pour nous mais importants pour toi. Je t’observe, les jours où tu as sport à l’école, utiliser le sac que l’on donne aux coureurs à la fin de chaque course. Tu es heureuse de pouvoir raconter à qui veux l’entendre d’ou vient ce sac à dos et les exploits sportifs de ton père. 

Afin de vous préparer à ce challenge nous avons programmé un entrainement hebdomadaire au Parc Monceau. Cette année nous nous sommes entrainés dès la rentrée des classes en septembre. Bravant les changements lunatiques de la météo tous les mardis après l’école. C’était un entrainement pris très au sérieux par tes deux petits frères (de 5 et 7 ans) et toi. Vous y aviez participé avec beaucoup de motivation et d’enthousiasme, vous permettant de vous surpasser à chaque entrainement. 

Cette idée d’entrainement au parc Monceau nous ai venue l’année dernière. Les entraînements furent loin d’être aussi fréquents que ceux de cette année et les résultats furent très différents. Premièrement, la motivation n’était pas au rendez vous. L’objectif fixé en début de chaque entrainement vous semblait insurmontable. Les négociations sur le trajet vers le parc ne manquaient pas. Arrivés au point de départ, elles n’en finissaient pas. Les deux premiers entrainements furent catastrophiques. La moitié du parcours fut réalisée en marchant et grommelant malgré mes encouragements et l’admiration des passants.  

Deuxièmement, la météo. La météo nous as souvent obligés à annuler l’entrainement, repoussant votre entrain à vouloir vous entrainer pour la course.

Troisièmement, la musique. Afin que ce moment soit agréable pour nous trois, j’utilisais mon téléphone pour mettre de la musique en haut parleur. Une liste de musique composée de vos chansons préférées dont une bonne partie sont celles des « Kids United ». Votre favorite étant « On écrit sur les murs ».

Malheureusement, le son n’était pas suffisamment élevé pour l’apprécier durant la course et le choix de la Play List souvent une source de conflit.

Finalement, nous avons rapidement arrêté au bout de quelques semaines. Tu as donc participé à la course à reculons, sous la pression de tes parents comptant sur toi pour montrer l’exemple.

Tu es rentrée à Paris, fière d’y avoir participé et ravie de raconter que ton petit frère n’a pas eu ce courage !

Cette année, nous avons procédé différemment.  Je vous au préparés mentalement à l’idée de donner le meilleur. Vous n’étiez pas obligés de participer aux entraînements. L’objectif principal était de continuer d’avancer sans marcher ni s’arrêter ! Le diner de récompense pour les sportifs étaient des pâtes en plat principal (avec divers accompagnements) et de la glace en dessert pour ceux qui ont atteint leurs objectifs.

Nous avons donc commencé par faire un échauffement sur la trajet (montée de genoux, talon-fesse, mouvements de bras, etc.) puis un tour du parc Monceau. La semaine suivante nous avons fait un tour et demi. Puis la suivante deux tours. Au bout de deux mois nous étions à l’aise à faire presque trois tours sans s’arrêter. 

Ton petit frère de 5 ans avait une énergie folle durant les entrainements. Il n’a pas encore l’âge de participer à la course, avec regret puisqu’il espérait jusqu’au bout.

Il rêve d’être footballeur professionnel en équipe de France« comme MBappé » disait-il. Chaque nouveau tour semblait être de plus en plus facile pour lui. Une motivation suffisante pour nous accompagner et donner tout ce qu’il peut. 

Ces moments, je les ai adorés. Je suis certaine que vous en garderez longtemps un formidable souvenir. Nous étions tous les quatre au parc Monceau face à nos objectifs et nos forces. Ensemble nous essayions d’aller jusqu’à la limite fixée, jusqu’au bout. Tous ensemble. Pas l’un sans les autres. C’est notre unité qui fait notre force malgré les différences de niveaux.

Ce bracelet est donc pour toi un merveilleux souvenir. Souvenir d’un week-end en famille en Suisse. Le souvenir d’un challenge relevé haut la main. Ainsi, que le souvenir de la victoire de ta première coupe. 

Autant dire que tu y tiens particulièrement à ce bracelet ! 

Déjà plus d’un mois qu’il orne ton bras avec fierté ! Il a pourtant perdu forme, couleur et encre. Pour tout ceux qui chercheront à en connaître la signification, c’est impossible à l’œil nu.. Il suffit pourtant de te le demander…

Ton professeur de danse classique n’a probablement pas eu la patience, la finesse de te poser la question avec tact et bienveillance. Elle a simplement vu « un papier moche autour de ton bras droit », un bracelet non accepté (comme les montres et autres bijoux aux mains et poignets) durant le cours.

Elle a arrêté le cours en faisant une remarque négative à voix haute devant toute la classe, obligeant tes camarades à se tourner vers toi. Tu t’es sentie observée, oppressée et mal à l’aise, cernée par les regards et le discours  réprobateur de ton professeur de danse. Le choix était de le faire ou elle le ferra. C’est ainsi que tu as utilisé la paire de ciseaux tendus par ton professeur et coupé à contre cœur et en pleurant ce fameux bracelet autour de ton poignet droit.

J’observais la scène depuis les vestiaires, j’aurais souhaité pouvoir intervenir, m’imposer, parler en ton nom et t’éviter autant de désagréments. À l’instant où j’ai entendu ton professeur se diriger vers toi en demandant qu’est-ce que tu avait autour de ton poignet, j’ai compris que les prochaines minutes te seront pénibles. Tu n’aimes pas te faire remarquer. Certains adultes te terrorisent et tu y fais face difficilement. Je savais donc que face à elle tu n’aurais pas eu le courage de t’imposer pour garder ton bracelet. Une explication claire et simple aurait probablement suffit à faire comprendre à ton professeur que tu y tenais beaucoup et souhaitais le garder.

C’est effectivement deux minutes plus tard que je te retrouve en larmes dans les vestiaires. Après avoir coupé ton bracelet, tu y viens pour le ranger dans ton sac. Une fois coupé, il n’a plus de valeur. Il ne peux être enlevé sans être coupé. Il ne peut donc être remis ni remplacé. 

Je t’ai serré dans mes bras, essayant de ne pas trahir ma détresse pour ne pas avoir pu faire quelque chose. Tant bien que mal je t’ai murmuré des paroles réconfortantes en te disant que je comprenais ta tristesse, que je savais qu’il avait de l’importance pour toi. Je comprends également que les règles de la danse classique sont strictes et qu’il faut s’y tenir en tant qu’élève. Ton professeur n’a pas été pus dure avec toi qu’avec une autre élève, elle n’a pas non plus haussé le ton.  Chaque individu aurait pu réagir différemment et malheureusement cette fois ci sa demande, son ton et ses réactions t’ont directement atteints.

Te voir triste et en larmes est douloureux. Ce moment intime et de réconfort à duré quelques secondes. Ton professeur de danse t’a suivi dans le vestiaire, alarmée par ta réaction et tes pleurs. Elle s’est dirigée vers moi pour me poser la question à laquelle tu n’as pas su répondre d’une intelligible voix : « Est-ce qu’elle y tenait tant que ça à ce bracelet ? ». Je lui répondre affirmativement en donnant une explication rapide sur sa provenance. Entre temps, tu es retournée à ta place dans la salle de danse. J’espère que tu n’a pas entendu la réponse révoltante de son professeur à ma réponse. 

« Vous trouvez normal qu’elle se mette dans cette état pour un bracelet ? Je perds 5 minutes de cours pour cela… »

A la fin du cours, nous en avons brièvement discuté. Je ne voulais pas que tu te sentes de nouveau mal à l’aise en en parlant devant ton petit frère. Un moment calme et en tête à tête est préférable. 

Miss Mahana

 

Retrouvez la précédente lettre écrit à Charlotte, cliquez ici!

Lien du site pour la course de l’escalade à Genève: cliquez ici.

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